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Fêtons aujourd'hui les anniversaires de Anne-Caroline (H2009), Aude (H2010), Brice (MS 2009), Camille (H2009), mathilde (H2009), Pauline (MS 2007), Timothée (H2011) et Yannick (H2012) !

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CampusHEC : le mag' ♦My Summer by Marie Loubière : Bienvenue à Pursat-les-bains

an imageMarie Loubière et Marie Coqblin sont dans un avion. « Dis, tu penses qu’il y aura une boutique Marc Jacobs là-bas ? ». Là-bas, c'est-à-dire à Phnom Penh, où nos deux belles ont passé un mois et demi dans le cadre de Mission Cambodge. Loin du cliché de la fashionista perdue sans ses ballerines Repetto et son vernis à ongles OPI, Marie Loubière nous raconte en quoi ça consiste de faire le bien autour de soi. Un article utile qui apportera sans doute quelques éléments de réponse à la mini polémique qui a eu lieu ici même récemment. En bref, quand deux des filles les plus lookées du campus partent faire de l’humanitaire, ça donne un mix rafraîchissant de Lara Croft, Bridget Jones, et Caliméro, jugez plutôt…



Première Année, si toi aussi tu rêves d’humanitaire, de repousser tes limites, si tu crois que « d’autres mondes sont possibles », avant de rejoindre une assoc humanitaire parce que le Prez t’a tapé dans l’œil au Forum des Assocs, lis ce qui suit.


Cet été, j’ai décidé que j’allais sauver le Cambodge (ou, à défaut, me sauver d’un stage photocopieuse-café à la Défense). J’ai ressorti mon sac à dos tout neuf de St Cyr et je l’ai rempli : huit boîtes de Malarone et ma collection de t-shirts Petit Bateau (ça faisait humanitaire Petit Bateau) et puis aussi des Birkenstocks (ça faisait aventurière).
Mes amis ne me prenaient pas au sérieux, leur leitmotiv étant « tu ne tiendras pas deux jours, on organise déjà une soirée pour fêter ton retour prématuré ». Mais j’ai tenu bon et j’ai appris beaucoup.
Après trois avions, deux fuseaux horaires et une embrouille à la douane, me voici arrivée à Phnom Penh, capitale du Cambodge. Mon sac à dos s’est égaré quelque part entre London Heathrow et Bangkok, néanmoins, grâce à mes talents de négociatrice naissants, je dispose d’un Visa Travail, je peux donc rester au Cambodge jusqu’au 13 septembre si l’envie m’en prend. Le top.
Phnom Penh ? Il fait 45°C à l’ombre, les SUV côtoient les tuktuks dans un chaos indescriptible, des enfants partout et moi j’ai un peu peur. Le plus loin que je sois allée c’est L.A., on fait plus exotique. Deux jours plus tard, je dispose de deux robes pour la modique somme de 4$. Après un debrief des plus expéditifs auprès d’Aspeca-Enfants d’Asie, notre ONG, nous embarquons dans un bus direction Pursat. Et c’est parti pour l’aventure.

Au Cambodge, j’ai été confrontée à une réalité que je ne connaissais que derrière mon écran de télé et dans les manuels d’économie. J’ai dû m’y adapter, voir le Cambodge tel qu’il est et non pas tel que je le « fantasmais ». Ce que j’en retire principalement, c’est donc tous ces clichés auxquels j’ai dû renoncer.


Stéréotype n°1 : le mythe du « Bon Sauvage ».

Les Cambodgiens ne sont pas forcément gentils et bien intentionnés parce que venant d’un pays en développement, d’une autre culture réputée plus zen et moins matérialiste. Alors même que nous allions au marché avec les enfants pour leur acheter des vêtements, les commerçants n’hésitaient pas à nous arnaquer, ne ressentaient aucune pitié pour les orphelins.
Les enfants sont d’ailleurs très vifs et comprennent vite la psychologie occidentale. Les occidentaux ont tendance à les traiter avec condescendance alors qu’ils sont extrêmement malins. Une petite orpheline, par exemple, comprend vite comment m’attendrir. Elle me prend par la main et me traîne dans tout le marché me montrant ce qu’elle veut : un collier, une jupette bleue… J’ai bien envie de lui offrir une sacoche Hello Kitty mais Marie me rappelle à l’ordre, on n’est pas ici pour pourrir les enfants. Dur pourtant de résister!
Lorsque nous annonçons un séjour à Phnom Penh pour les apprentis sculpteurs, certains enfants flairent le bon plan. Ils se découvrent brusquement une passion pour la sculpture. Nous devons donc organiser un concours de dessins de sculpture pour vérifier si tous les prétendants sculpteurs savent véritablement utiliser un crayon à papier.


Stéréotype n°2 : Les orphelins sont de pauvres enfants rachitiques à plaindre.

Dans les orphelins où nous travaillons, les enfants sont parrainés par des Occidentaux qui versent trente euros par mois pour leur éducation et leurs besoins. Ils ont assez d’argent de poche pour s’acheter des bonbons à volonté. Quelle ne fut pas notre surprise lors de notre première soirée à l’orphelinat de Pursat lorsqu’une orpheline, après avoir répondu à l’appel téléphonique de son petit ami, s’est mise en tête de dompter la crinière de Marie Coq à l’aide d’un fer à lisser de marque !
La plupart des parents des orphelins sont encore vivants, ils n’ont pas les moyens ou le temps de s’en occuper et envoient donc leurs enfants dans les orphelinats où ils savent qu’ils seront très bien traités et pourront ainsi continuer à vivre entre frères et sœurs.
Les enfants sont drôles et très joyeux. Ils regardent Cartoon Networks, sont fans de séries coréennes et boivent du coca à longueur de journée. On ne décèle aucunement les drames personnels qu’ils ont vécu. Je me prends d’affection pour le petit Thy, qui n’est pas sans me rappeler Nabil H. par sa passion pour les chorées. Ses camarades nous annoncent fièrement « He has boyfriend !! » ce que Thy dément. Bref, on est loin du cliché des orphelins frêles en haillons.


Stéréotype n°3 : Une petite « Barbie » occidentale comme moi ne peut pas s’adapter à un tel pays.

J’ai expérimenté un véritable choc culturel à mon arrivée. Alors que je suis habituée à hurler dès que tout ne se déroule pas selon mes désirs, impossible de m’énerver contre les employés de la compagnie aérienne qui avait perdu mes bagages. Il ne fallait pas leur faire « perdre la face » m’a expliqué Marie Coq, rodée par six mois d’échange à HK. Alors, j’ai nuancé mes propos, j’ai parlé calmement et vous savez quoi ? Ça a fonctionné et en plus je me suis sentie bien mieux qu’après mes habituelles crises de rage.
Je n’osais même pas sortir dans la rue de notre Guest House les trois premiers jours à Phnom Penh, terrifiée par le monde, le bruit. A la fin de mon séjour, j’avais apprivoisé Phnom Penh à tel point que je me déplaçais seule, à vélo, sans plan, et que je m’y sentais comme chez moi.

Stéréotype n°4 : Il est indécent de rire dans le Tiers-Monde.

Au Cambodge, certaines choses nous paraissaient tellement absurdes que nous ne pouvions qu’en rire. Cela ne signifie pas que l’on méprisait les Cambodgiens. Simplement qu’on avait besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’on vivait afin d’éviter péter un câble. J’ai appris à rire et à sourire au pour ne pas m’énerver ou pleurer.
Quand un vendeur de ticket de bus nous annonce qu’il applique un taux de conversion US Dollar/Riel complètement fantaisiste, quelle réaction avoir ? On ne peut qu’exploser de rire quand il explique que sa compagnie a le droit de choisir le taux de change qui lui convient. Il en est de même quand, dans un club de sport, la réceptionniste refuse de vendre des lunettes de piscine (pourtant installées sous le signe « for sale ») sous prétexte qu’elles sont de mauvaise qualité.
Nous avons passé un mois et demi à trois dans des orphelinats où nous étions les seules occidentales. Nous vivions en quasi autarcie, les unes sur les autres, nous partagions un matelas et nous douchions dans une bassine d’eau de pluie. Un soir de mousson violente, nous n’en pouvons plus et avons besoin de nous défouler. Cela fait dix jours que nous ne nous sommes pas douchées. Il pleut des cordes. Nous enfilons nos maillots de bain, et c’est parti pour une douche collective sous une gouttière sous le regard interloqué de l’ensemble de l’orphelinat. Et nous rions avec eux.

Stéréotype n°5 : Les Occidentaux sont condamnés à être des expats vivants dans une bulle.

Même si nous ne parlions pas khmer, nous avons vécu au milieu de khmères et avons tant bien que mal communiqué avec eux. Nous avons mangé leur nourriture, dormi avec eux et partagé les taches quotidiennes.
Nous les avons observés sans les juger et cela nous a amené à nous poser beaucoup de questions : qu’est ce qui rend heureux? Pourquoi, alors que nous avons acheté des chaussures à ceux qui n’en avaient pas, ne les portent-ils pas ? Pourquoi ne se projettent-ils pas dans le futur ? Pourquoi ne leur enseigne-t-on pas le génocide qu’ont subi leurs parents et leurs grands-parents ? A quoi peuvent-ils bien penser durant ces heures qu’ils passent dans un hamac sans bouger, sans parler ?
Nous avons essayé de voir les Cambodgiens tels qu’ils sont : des êtres humains plein de contradictions et de souffrances et non pas tels qu’il aurait été plus simple de les voir : des pauvres habitants d’un pays du Tiers Monde qui vivent dans une naïve et bienheureuse indigence.

Stéréotype n°6 : Les Occidentaux doivent guider les Cambodgiens vers la bonne voie.

Ceci constituait la justification principale des colonialistes. Une telle vision est loin d’avoir disparu et se retrouve derrière les bons sentiments de nombre d’ONG.
Notre mission s’intitule : « Carrefours des Métiers » et nous l’avons découverte à notre arrivée au Cambodge. Je sais, je sais, au mot « Carrefours des Métiers », vous pensez tous à : déjeuners gratuits, bataille rangée devant le stand LVMH, ainsi que goodies en folie… Mais nous sommes à Pursat à l’autre bout du monde, nous n’avons rien, et personne ne nous comprend. Alors comment orienter ces enfants alors que 1) nous ne connaissons pas le système scolaire cambodgien, 2) personne ne nous comprend ?
Nous, petites françaises débarquées d’HEC, étions censées expliquer aux orphelins qu’ils ne devaient pas rêver d’être médecin mais plutôt menuisier et cuisinier, puis les orienter vers les formations adéquates.
Nous avons donc été confrontées à l’idéalisme des dirigeants d’ONG qui rêvent de tels plans depuis leurs bureaux parisiens, puis financent des dépenses absurdes (achat d’une télévision écran plat Sony alors que la majorité des orphelins ne possède pas de sous-vêtements).


Stéréotype n°7 : L’humanitaire, ça sert juste à faire beau sur un CV.

Tout d’abord, j’ai appris quelque chose de fondamental pour une étudiante en commerce : la négociation. Nous avions un budget de 1200 euros à gérer pour trois orphelinats et une équation simple : dépenser le moins possible pour chaque chose afin d’acheter un maximum pour les orphelinats. Nous avons tout négocié, jour après jour, jusqu’à l’épuisement : bassines, vélos, cahiers, trajets en tuk-tuk, essence même… Et maintenant je peux vous assurer que même dans un souk, je suis sûre que je ne ferai pas arnaquer.
Nous ne pouvons pas changer la destinée des orphelins, néanmoins nous avons essayé de leur offrir de nouvelles perspectives, de faire de petites choses qui pouvaient avoir un impact sur leur vie. Nous avons offert des vélos à ceux qui en avaient besoin, des vêtements à ceux qui en étaient dépourvus. Nous avons essayé d’être plus que des divertissements pour eux. Nous avons certes organisé des sorties et des ateliers peintures-perles, mais nous avons avant tout voulu les sortir de la bulle que constitue pour eux l’orphelinat. Pour cela, nous leur avons offert des cours de cuisine, des rencontres avec des professionnels du tourisme, des jeux de rôle pour qu’ils se projettent dans des métiers, et même une sortie au Musée National de Phnom Penh pour des jeunes qui montraient un talent pour la sculpture.
Enfin, nous étions complètement lâchées à l’aventure dans les orphelinats. Personne ne nous encadrait, le premier directeur était à peine prévenu de notre arrivée. Nous avons donc du nous débrouiller dans un environnement complètement nouveau et relativement hostile. Nous ne pouvions compter que sur nous-même. Nous avons appris à parler à toutes les personnes que nous rencontrions, à aller vers tous les « barangs », en un mot à pratiquer ce cher networking qu’on nous enseigne à HEC.




Mon été a été inattendu. Je savais que j’allais vers l’inconnu et cela me terrifiait. Je ne regrette pas d’être partie. Il y a eu des moments où j’ai pensé que je ne tiendrais pas, où tout s’accumulait : manque de sommeil, de confort, d’intimité, sentiment de vulnérabilité exacerbée. Mais de tout cela je ne garde que l’idée que j’ai fait ce que j’ai pu et qu’à chaque instant, je me suis donnée pour que notre mission se déroule au mieux. Du Cambodge, je ne garderai donc que des bons souvenirs, notamment le pow de départ à Pursat. Cinq dollars de bonbons suffisent pour les cent trente enfants de l’orphelinat, une sono, Britney Spears en boucle (ce qui n’est pas sans rappeler certains jeudis soirs sur le campus). Les enfants nous apprennent leurs danses traditionnelles en se gavant de bonbons. Ils nous écriront plus tard des emails nous remerciant de cette très belle soirée et c’est tout ce qui compte pour nous.
Posté par Lohrine, lun 31 aoû 2009, 16:23  › Réagir ()

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